1940 – 1949 Le temps des restrictions

France occupéeLa seconde guerre mondiale impose une période de restriction. Les matières premières sont rares. La plupart des ateliers de confection tenus par des familles juives ferment et sont clandestines. L’ère est à l’austérité et à la sobriété. La haute couture parisienne s’adapte à l’occupation allemande. Beaucoup de maisons de coutures cessent leur activité. Malgré la guerre, une insolente et insouciante vie est menée par une certaine clientèle franco allemande. La couture française qui dominait le monde de la mode, est coupée de tous les rapports avec l’étranger. Cela va être l’occasion pour de nombreux couturiers européens et américains de créer seuls. Une nouvelle apparition de créateurs va faire son apparition. A la libération, le sens de l’élégance revit. La femme rêve de luxe, de tenues somptueuses. Le nouveau look de Dior arrive : la robe s’allonge, les jupes sont emplis et les seins pigeonnants.

1940 : Les femmes sont souvent contraints de se vêtir avec la garde robe de Monsieur, qui est soit absent, mort ou prisonnier de guerre.

Paris est occupé. Sa haute couture doit se soumettre ou pas. Des maisons préfèrent fermer leurs portes. D’autres couturiers expriment, dans leurs créations, leur hostilité face à la guerre. Madame GRES, provocante, présente sa première collection sous l’occupation aux couleurs nationales françaises : bleu, blanc, rouge.

Madame GRESMaître de la couture vu par ses pairs comme le génie tutélaire de la profession, Madame Grès (1903-1993) ne cessa de répéter tout au long de sa vie : « Je voulais être sculpteur. Pour moi, c’est la même chose de travailler le tissu ou la pierre ». Sa quête lui fit parcourir le monde antique mais aussi l’Afrique du Nord, l’Inde… Un voyage de 50 ans qui va de la statuaire hellénistique au minimalisme intransigeant, dont elle est le précurseur au sein de l’univers de la mode.

D’autres se lancent dans l’extravagance pour ridiculiser les allemands. Des maisons de confections populaires juives ferment ou fuient Paris en se réfugiant à l’étranger, ou jusqu’en 1942 à Nice, Marseille en zone libre.

1942 : L’heure est à la restriction : utiliser le moins de tissu possible, suppression de tout ornement inutile. Partout, les femmes sont encouragées à faire du neuf avec du vieux, c’est d’ailleurs le slogan du commerce britannique. La presse féminine s’y met donnant, ainsi, des conseils pour transformer de vieux vêtements : détricoter, réutiliser la laine, robes en patchwork ou avec des chutes de tissus.

Avant la guerre, une femme respectable ne sortait pas sans son couvre chef. La guerre bouleverse les habitudes. Les cheveux se portent longs.

La modiste Paulette lance la mode du turban. Simone De Beauvoir l’adopte et ne le quitte même plus après la guerre.

Mode zazou1942 : Les jeunes garçons n’en peuvent plus de la guerre et décident de régir. Ceux qui ont les moyens font du marché au noir, décident de s’habiller chic et pas cher : pantalons larges, vestons longs et centrés, chemises à col dur et montant, cravates avec des petits noeuds, des chaussures en cuir à grosses semelles. Ils portent des cheveux bouffants sur le dessus de la tête. La mode zazou est née.

1943 : Les vêtements militaires sont plus confortables et plus pratiques. Les hommes vont les conserver après la guerre. En quittant l’Europe et à la fin du conflit, les armées américaines vont laisser des stocks considérables de vêtements militaires, rachetés par les hommes. Une nouvelle mode est née. Des vêtements militaires se civilisent  d’autant mieux car souvent ce sont des vêtements de sport ou de travail : le battle dress : combinaison des mécaniciens, blousons issus de blousons de chasse, des casquettes issus de casquettes de ski, manteau de la marine américaine, le duffle coat est emprunté aux pêcheurs de Terre Neuve.

1945 : Les Alliés débarquent en Normandie. Paris est libéré. Les couturiers se rendent compte qu’ils doivent se mettre à la disposition d’une clientèle plus élargie, qui ne se présente pas dans les maisons de luxe. Ils commencent à vendre leurs créations.

Paris libéré

Cohen Robert, A.G.I.P. Photographie originale : © Rue des Archives / AGIP – Reproduction : © Musée Carnavalet / Parisienne de photographie

Aussi, pour relancer la haute couture parisienne, deux couturiers décident de créer une prestigieuse manifestation à l’honneur de leur profession. Tous les grands couturiers  : Jacques Fath, Balenciaga, Givenchy, Balmain, Lucien Lelong demandent à leurs petites mains de confectionner des costumes pour des poupées de demi grandeur de la femme. Les décors, les musiques sont mis en scène par Cocteau, Christian Bérard. Le spectacle est magnifique, et remporte un large succès à travers le monde. La mode parisienne est relancée.

29 avril 1945 : Le premier vote des femmes en France

Vote des femmes

1946 : La presse féminine renait en novembre avec le magasine « Elle » lancée par la journaliste Hélène Lazareff.

Le couturier Jean DESSES, l’as de la robe du soir en mousseline de soie, s’installe dans l’hôtel Eiffel. Il entend détrôner le noir. Il affectionne le bleu Wedgwood, le vieux roi, le taupe.

Jean DessesJean Dessès (1904-1970) – de son vrai nom Jean Demètre – est un couturier de nationalité grecque né à Alexandrie. Après des études de droit, il s’oriente rapidement vers la mode et crée sa maison de couture en 1937. Au sortir de la seconde Guerre Mondiale, il sculpte des robes du soir drapées en mousseline, largement plissées, dont les coloris vont de l’uni à de subtiles gradations de contrastes. Outre ce drapé maîtrisé, on ne lit aucune référence particulière à l’Antiquité dans ses créations, comme en témoigne cette robe du soir, consacrée dans le Vogue France de septembre 1956. Loin de l’image des caryatides grecques, marqué par le biomorphisme,  Jean Dessès utilise le plissé de mousseline pour faire ses robes chrysalides.

1947 : Révolution du New look : Christian Dior lance une nouvelle collection : jupe ample et longue (ourlet à 30 cm du sol), taille ceintrée, poitrine haute, épaules petites et rondes.

christian-dior-1947-collections

Naissance du mot anorak. Il vient du mot esquimau anoré qui signifie vent. Les premiers anoraks s’enfilent par la tête et ont une poche ventrale.

1948 : Comment la mode vient aux femmes ? Le niveau de vie augmente. La demande augmente également. Quelques industriels embauchent des stylistes et modélistes pour des conseils. Des magazines, tels que Elle, Marie France participent à la démocratisation de la mode, les modèles sont moins couteux qu’avant.

Le bikini fait son apparition et fait scandale. Son origine : nom de l’île du Pacifique sur laquelle les américains ont fait des expériences en 1946.

Marcel Rochas1949 : Le couturier Marcel Rochas invente la guêpière : une gaine étroite qui va jusqu’aux hanches, et un porte jarretelle. Cela permet aux femmes de leur amincir la taille. Aussi inconfortable que le corset mais les femmes l’adoptent car elles affirment leur féminité. Puis le bustier apparait comme un élément indispensable de la garde robe féminine pour le soir en leur dégageant les épaules.

Apparition du nylon en bonneterie, c’est une matière infroissable, résistante et vite sec.

1949 : Naissance du prêt à porter. Deux confectionneurs français : Jean-Jacques Weill et Albert Empereur s’inspirent de l’industrie textile américain pour lancer le prêt à porter en France. C’est un succès immédiat, car il démocratise la mode et devient à la portée de toutes les bourses.

Auteur : Fatima SEBAAÏ

Source

http://palaisgalliera.paris.fr/fr/expositions/madame-gres-la-couture-loeuvre

http://www.palaisgalliera.paris.fr/fr/oeuvre/robe-du-soir-jean-desses

Livre : 100 ans de mode

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A propos Saikna creations

Créatrice de mode au style universel. Animatrice d'ateliers de couture, recyclage, DIY. Saikna s'engage à proposer des articles uniques ou de petites séries. En effet, il est possible aujourd'hui de détourner des matériaux et autres textiles de bonne qualité afin de leur donner une nouvelle vie, ou d'utiliser des tissus respectueux de l'environnement. Il est stimulant de transformer les matériaux, de faire fonctionner mon imagination pour proposer un nouveau style de mode, éthique, éco responsable. Je propose également des travaux de réparation textile.
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